Les comportements de faible estime de soi font partie des comportements de codépendance typiques répertoriés chez CoDA. De la douleur au rétablissement : estime de soi et acceptation.

« Le fait est que j’ai recherché la paix et l’acceptation
de toutes les mauvaises manières qui soient
pendant la majeure partie de ma vie,
et il serait peut-être temps d’arrêter. »
« Après 14 ans chez Al-anon et 3 ans chez CoDA, un jour, j’ai atteint un point où tout sembla s’écrouler autour de moi. Les gens au boulot me tournaient le dos, je me sentais au fond du trou. Cette fois, mon habitude de vouloir me faire aimer des autres – l’habitude de toute une vie – m’avait vraiment porté un sacré coup. J’avais essayé tellement dur et de manière tellement insistante de me faire aimer des autres, que tout cela s’était retourné contre moi.
Etre rejeté par mes collègues m’avait donné l’impression que tout mon monde s’effondrait et que toutes sortes de douleurs s’étaient déclenchées. Rien n’était dit de façon explicite, mais comme je suis quelqu’un qui veut se faire aimer, je meublais les silences par des « je ne vaux rien, personne ne m’aime, je bousille tout ce que je touche ». Mon fragile égo avait l’impression d’être en chute libre sans parachute. Mon estomac était au plus bas et des sentiments de dépression, qui remontent à loin, ont commencé à refaire surface. J’avais mal.

J’ai imaginé qu’on me virait, qu’on m’humiliait, qu’on me mettait en quarantaine, ou les trois à la fois. Le week-end venu, quand ces pensées se sont mises à tourner dans ma tête, j’ai été à l’agonie. Ma fille, ma femme et moi avons passé le week-end en cours de gym, en shopping et à dîner au restaurant. J’ai fait part de mes sentiments à ma femme et je lui suis reconnaissant pour sa compassion, même si elle n’a pas eu d’effet direct sur mon problème.
Lundi, je n’en pouvais plus de ces tortueuses sensations de non-valeur. Toutefois, je ne suis pas du genre à jeter l’éponge, mais plutôt à faire un sourire et à tenir le coup en arborant un air vide et hagard. Sans cette habitude, je n’aurais jamais pu traverser mon enfance. Je n’ai donc pas téléphoné pour me déclarer malade, mais j’ai été obligé de laisser tomber mon besoin d’acceptation et de validation de la part de mes collègues. Je ne voulais pas lâcher ce défaut de caractère – la douleur m’y a obligé.

Je réalise maintenant combien chercher à plaire à autrui est absolument toxique. Un.e membre d’Al-anon a fait remarquer un jour que cela ne plaisait à personne – ni aux autres ni à nous-mêmes. Un.e autre a déclaré lors d’une inspirante discussion que c’était une sorte de manipulation. Nous agissons de façon à ce que les autres nous aiment ou nous acceptent, ou du moins ne nous rejettent pas ou ne nous humilient pas. C’est de la manipulation. Il est logique que les autres en conçoivent du ressentiment – c’est mon cas – et la plupart des gens peut très bien capter la fausseté tout en faisant semblant de rien.
Il était donc logique que mes collègues m’évitent et me regardent de travers, et je ne pouvais pas les en blâmer. Et pourtant, j’étais en colère. Je suis encore en train de digérer cette colère. J’ai l’impression d’avoir travaillé dur pour me protéger, pour traverser mes journées en tant que père, mari et enseignant, pour faire ce qu’on me demande. Je suis en colère d’être rejeté pour cela.

Et pourtant, en demandant à ma Puissance Supérieure si toute cette douleur est réellement ce qu’Elle veut pour moi, j’ai obtenu la réponse : oui, c’est le cas : la douleur que je ressens est un message de ma Puissance Supérieure, voire un cadeau. Ce n’est que de la douleur, et rien de plus. Ce n’est pas une souffrance à vie ou une damnation éternelle.
Le fait est que j’ai recherché la paix et l’acceptation de toutes les mauvaises manières qui soient pendant la majeure partie de ma vie, et il serait peut-être temps d’arrêter.

En fait, il y a un vide dans ma vie, un air vicié dans mon bureau au travail, un silence figé que je n’aime pas dans les conversations avec les autres, que je voudrais bien voir comblé. Il y a une certaine morosité dans les collines que j’aperçois au cours de mes promenades. Mais au lieu d’essayer de combler ce vide avec les affirmations des autres ou mes autres vices – les pâtisseries bourrées de sucre, les grosses bouffes, le sexe – j’essaie d’accepter les choses telles qu’elles sont, et de laisser entrer l’amour de ma Puissance Supérieure. Cette lutte silencieuse est le fruit de ma guérison, et j’en suis reconnaissant. »
John A. , 7 octobre 2022
Traduit du texte original sur Coda.org. par CoDA France- 2024 – Tous droits réservés.- Crédits Photos Pexels
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