Il fut un temps où les Fêtes étaient synonymes de lumières, de bonbons, d’émerveillement et de joyeuse anticipation. On nous « ordonnait » de nous laisser griser par les connotations religieuses de la période. Et pour préserver la paix de la codépendance, nous nous y soumettions extérieurement. Mais dans nos cœurs, c’était vraiment les jouets et le gros bonhomme – le vrai seigneur de l’enfance – qui comptaient réellement.

Le temps passa et, comme tant d’autres, je fus décontenancé et désillusionné de découvrir que notre seigneur des jouets n’était qu’un conte de fées de plus que nous vendait l’Amérique du Business. Juste une mixture validée par nos parents pour nous tenir à carreau. Alors que la sagesse blasée de la jeunesse s’installait, la période des Fêtes – comme tant d’autres – devint juste une autre excuse pour s’adonner à la débauche. Les rêves et l’émerveillement firent place à l’alcool et à l’orgie. Un week-end de milieu de semaine, au diable la neige et les bons voeux.
Ces nouvelles distractions festives n’ont rien fait pour « guérir » ma codépendance, mais au contraire elles l’ont fort bien dissimulée, avec « bonheur instantané » et maux de tête à rallonge à la clé, mais je n’avais guère besoin de m’en soucier pendant ces festivités.
Puis, la parentalité est sobrement arrivée. Avec les enfants est venu le rappel de ce que pouvaient vraiment être les Fêtes de fin d’année – si l’on gardait cet émerveillement dans le cœur – même si la poussière de l’âge adulte en ternissait l’éclat. Malheureusement, ces nouvelles créatures qui m’étaient confiées n’ont fait que me distraire encore plus du rétablissement de la codépendance. Une distraction des plus regrettables, car mes trois enfants méritaient sûrement d’avoir un parent sain, plutôt qu’un parent qui « survit au lieu de vivre ».

Le temps a passé et, comme la neige » cherche » les sapins, j’ai été forcé de réaliser que moi aussi j’avais été attiré par une partenaire narcissique. Étant perfectionniste, j’avais choisi la mère de toutes les narcissiques (jeu de mots partiellement intentionnel). Cette personne a travaillé sans relâche pour m’arracher à mes enfants dans un ultime effort pour exercer un contrôle, en dominant ce « moi » que les autres se persuadaient de voir. Si j’avais admis plus tôt que j’étais codépendant , j’aurais peut-être eu les outils pour empêcher cette éventualité de se produire. Ou peut-être pas. Une douleur lancinante qui me trotte dans la tête depuis plus de 4 ans.

Mais comme nous le rappellent les Etapes 1 et 3, ce n’est qu’à partir du moment où nous reconnaissons que notre vie est devenue ingérable que nous pouvons commencer à laisser notre Puissance Supérieure « prendre le volant ». Et cela implique également de reconnaître que plus nous évitons de voir notre maladie, plus la PS doit travailler dur pour nous montrer cette vérité. Dans mon cas, ma Puissance Supérieure a dû en faire heures supplémentaires pour m’ offrir cette bénédiction.
Je me suis retrouvé à poil , totalement marginalisé par une vie que j’avais travaillé si dur à construire et à contrôler. Mais je sais maintenant que cela devait se produire pour me montrer que ce que je construisais était un château de cartes de codépendance, alors que depuis le début, mon Dieu avait prévu pour moi un manoir.

En bref, il a fallu que je perde tout – la vie elle-même – pour me rendre compte que je n’avais jamais vécu ma vie à la hauteur de ce qu’elle méritait. J’avais passé une quarantaine d’années à offrir ma vie à n’importe qui en voudrait, sans me soucier de ce qu’elle/il en ferait par la suite.
Grâce à CoDA, je suis maintenant sur la voie du rétablissement. Le simple fait d’écrire ces mots fait soupirer mon âme, car c’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé faire pour moi . Quelque chose que je n’ai jamais cru mériter. C’est un cadeau que j’attendais depuis trop longtemps; il mérite qu’on le déballe avec un soin méticuleux afin d’en découvrir la véritable valeur.

« Dépression saisonnière » est un terme bien trop généreux pour décrire tout ce que nous traversons réellement au cours du processus. Et je suis toujours en lutte avec la période des Fêtes : je sais que je ne pourrai plus jamais m’extasier devant la joie de mes enfants. Je ne pourrai plus jamais vivre mon bonheur à travers les autres ou des distractions.

Néanmoins, grâce à mon processus de rétablissement, je suis enfin capable de ressentir à nouveau l’émerveillement et la joyeuse attente de cette période de l’année, d’être avec ma Puissance Supérieure et mon moi authentique. Une relation dans laquelle je peux enfin accepter l’arrivée d’une nouvelle vie pleine de lumière.
Une célébration qui avait été prévue pour moi depuis toujours.
Troy S
Traduit du texte original publié sur CoDA.org
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