L’anonymat est un fondement du programme CoDA. C’est un pilier qui garantit que CoDA est un espace sûr de rétablissement pour des membres qui ont souvent subi la honte et l’insécurité dès l’enfance. Comment gérer l’anonymat entre membres et à l’extérieur de la fraternité ?
Lisons le dialogue de ces deux membres CoDA, A et J .
Cher/ Chère A.
Merci d’avoir pris le temps de m’écrire. Je suis débordé.e en ce moment, mais j’ai imprimé ton message pour le relire plus tard. Je t’écris quand même car quelque chose me préoccupe depuis un certain temps et j’aimerais avoir ton avis. Alors que j’étais de sortie, il est arrivé plusieurs fois qu’ un.e inconnu.e m’interpelle (devant ses potes) et fasse: « Je t’ai vu.e chez CoDA, et il y a aussi un gars très mignon là-bas… » , et ils se mettent à en parler.
Personnellement, je ressens cela comme une violation d’anonymat. Je l’ai aussi fait moi-même en présentant un.e ami.e de mon groupe CoDA à d’autres ami.e.s lors de ma fête d’anniversaire. Une dame invitée au mariage d’un.e ami.e, a fait la même chose avec moi. Quand je lui ai dit que ça me mettait mal à l’aise, elle m’a répondu : « Ça ne me dérange pas que les gens sachent que je suis en rétablissement », et j’ai dû lui expliquer l’importance des limites.
J’ai abordé le sujet avec mon groupe et il m’a été dit…
a) « Merci pour le partage. » et …
b) « Il est très clairement dit que : « Ce que vous voyez ici… laissez-le ici » et c’est tout. »
À mon avis, cette dernière phrase n’est pas assez explicite. Si je l’avais vraiment bien comprise, je n’aurais pas enfreint cette règle. Je suggère donc d’y ajouter une précision afin d’expliquer que ce qui est dit en réunion doit rester confidentiel, et par qui, mais aussi que les personnes participantes elles-mêmes doivent rester anonymes hors des réunions. Auriez -vous une meilleure suggestion ?
Gratitude pour votre retour.
J.


Cher/ Chère J
L’anonymat a souvent été un sujet délicat, une source de confusion chez CoDA. Ne sommes -nous pas codépendant.e.s ANONYMES ? L’anonymat semble donc détenir une certaine valeur. Ne serait-ce que définir l’anonymat en soi serait un sujet de discussion des plus intéressants ! Bref, voici quelques-unes de mes pensées à ce sujet. Comme toujours, prenez ce qui vous intéresse et laissez le reste.
Tout d’abord, si les 12 Étapes nous guident dans notre rétablissement personnel et nos relations individuelles, les 12 Traditions nous guident dans notre rétablissement en
groupe et dans nos relations de groupe. J’ai constaté que de façon générale, les Traditions ont beaucoup à offrir en matière de relations saines. Notre 12e Tradition dit que : « L’anonymat est le fondement spirituel de toutes nos Traditions, nous rappelant sans cesse de placer les principes au- dessus des personnalités. » Dans le nouveau dépliant CoDA « Utiliser les Douze Traditions », il est expliqué que : « L’anonymat nous incite à pratiquer une humilité sincère et nous rappelle que les principes du programme CoDA
dépassent tout individu. »
Il n’est pas requis de rester anonyme en dehors des réunions. CoDA ne régit
pas le comportement des gens et il serait difficile de pratiquer la « 12eme Étape » s’il nous était impossible de partager notre expérience du programme. Tant que je préserve mon anonymat dans les médias (presse, radio, cinéma, internet et toute forme de communication publique, 11ème Tradition) , je suis libre de choisir de révéler ou non mon appartenance à CoDA. Ce choix m’appartient totalement .
Par contre, il ne m’appartient pas de révéler l’anonymat d’autrui, non pas tant par crainte de conséquences négatives, mais car dans mon processus de rétablissement, il est essentiel que je laisse les autres faire leurs propres choix sans me mêler de leurs affaires.
Si je ressens le besoin de révéler qu’une autre personne est malade, je dois m’interroger sur mes motivations. Quel gain est-ce que j’y cherche/ trouve ? Est-ce que j’ai « l’air mieux » si je ne suis plus le seul « chiot malade » de l’assemblée ? Est-ce que ça me donne l’air » cool ou tendance » ou intelligent ? S’ils ont fière allure , est-ce que j’en aurai l’air aussi ?
Ou bien est-ce que je cherche à ternir un peu cette personne en révélant qu’elle n’est pas « vraiment » normale ?
Je crois que la plus grande vertu de l’anonymat est de nous rappeler de pratiquer l’humilité et de ne pas raconter l’histoire des autres, ou d’imaginer ce qu’ils auraient envie de partager.

De plus, l’anonymat contribue à faire de CoDA un lieu sûr où nous pouvons partager nos parts d’ombre, nos démons, nos peurs et nos incertitudes. Ce type de partage a été particulièrement intimidant lors de mes premières années en CoDA. Je n’avais pas l’habitude de me montrer vulnérable. Je pensais que je devais me « blinder » (des autres) pour me sentir en sécurité. Mon point de vue a bien évolué depuis. C’est en CoDA que j’ai enfin appris à trouver de la sécurité en moi, et c’est l’anonymat qui m’a soutenu.e dans cet apprentissage.
Un jour, j’ai entendu un.e membre CoDA déclarer: « Ce n’est pas comme l’alcoolisme », comme si la codépendance n’était pas stigmatisante et que les codépendant.e.s n’avaient pas en avoir honte. Je ne suis pas de cet avis.
Je partage souvent que je fais un programme en 12 étapes. La plupart des gens réagit avec intérêt et j’ai l’opportunité de diffuser le message. Toutefois, il y a aussi des gens qui réagissent avec dérision et moquerie… et ils font partie de mon cercle amical ! J’en ai été surpris.e voire un peu blessé.e, même si je sais que leur réaction est davantage liée à leurs propres sentiments qu’à moi. Imaginez ce que pourra ressentir quelqu’un face à une telle dérision de la part d’inconnu.e.s à qui l’on a révélé son appartenance à CoDA sans son consentement !
Grandir prend du temps. L’anonymat en vigueur au sein de CoDA nous protège pendant que nous nous détachons progressivement de nos anciens mécanismes de défense, que nous faisons l’expérience de la responsabilité personnelle et que nous cherchons à établir une relation avec une Puissance Supérieure.
Comment puis-je présenter des ami.e.s CoDA à des ami.e.s et conjoints qui n’en font pas partie ? Par exemple, est-ce que ça se passe ainsi ?
Moi : Chéri.e, je vais déjeuner avec des ami.e.s cet après-midi.
Conjoint.e : Sympa. Et tu y vas avec qui ?
Moi : Oh, euh, juste des ami.e.s.
Conjoint.e. : Qui ? Je les connais ?
Moi : Non, tu ne les connais pas.
Conjoint.e : Comment les as tu rencontré.e.s ?
Gênant, voire suspect, non ? Et que dîtes-vous de ceci ?
Conjoint.e : C’était qui au téléphone ?
Moi : Oh, c’est juste un.e ami.e.
Conjoint.e : Vous avez passé une bonne heure au téléphone… il y a un problème ?
Moi : Euh, pas vraiment, il/ elle avait juste besoin de parler.
Conjoint.e : Un.e de tes ami.e.s de CoDA ?

Bien sûr, aucune de ces scènes n’exige que les noms des personnes soient divulgués. Les événements sociaux sont une autre affaire. Dans la saynète suivante, Jean est CoDA, et Sarah ne l’est pas.
Moi : Jean, je voudrais te présenter mon amie Sarah. Sarah, voici Jean.
Jean : Salut Sarah.
Sarah : Enchantée… Tu travailles avec A. ?
Jean : Non.
Sarah : Alors, vous vous êtes rencontrés comment ?
Et ainsi de suite. Les Alcooliques Anonymes gèrent cette problèmatique depuis des années, et il leur arrive de présenter un.e. membre comme « un.e. ami.e de Bill »
(un fondateur des AA). Nous pourrions peut-être nous présenter comme « des ami.e.s de Ken et Mary » (qui ont co-fondé CoDA).
Ou encore : « On a des amis communs. On a fait connaissance en prenant un café ensemble. » Voilà un bon sujet potentiel à évoquer en réunion.
Quand quelqu’un me présente comme une connaissance de chez CoDA, voilà comment je réagis. Tout de suite, je dis : « Vous venez de rompre mon anonymat. » J’ai appris ça par hasard grâce à une collègue. Un client l’avait reconnue au boulot et lui avait fait : « Hé, je vous ai déjà vue dans une réunion AA. » Il semblait ravi de l’avoir reconnue, mais elle n’a pas laissé passer le truc . « Vous venez de rompre mon anonymat », a-t-elle rétorqué. Il en avait été très contrit et désolé.
Mais cela ne se passera pas toujours ainsi. D’expérience, je sais qu’il y en a qui se mettent un peu sur la défensive . C’est OK, je ne leur en veux pas, mais c’est une question de limites, et il est de ma responsabilité d’exprimer mes besoins et mes souhaits. En l’occurrence, je souhaite qu’on respecte mon anonymat. Je peux dire quelque chose comme : « Je ne veux pas que mon anonymat soit rompu en dehors des réunions. S’il vous plaît, ne dites à personne que je suis en CoDA. » Si ça ne leur plaît pas, je n’y peux rien, mais je peux partager mon point de vue et mes sentiments à ce sujet avant de … lâcher prise.
Voilà donc mon point de vue ( qui est un peu long, il est vrai). Je crois que tu es sur la bonne voie. Aie confiance en ton instinct. Aie confiance en toi. Verbalise ta vérité , mais ne perds pas ton énergie inutilement à « changer » les autres ou à leur faire « comprendre ».
Ceux et celles qui te comprennent déjà te trouveront quand tu seras fidèle à toi-même.
Avec toute mon affection,
A (2000)
Traduit de l’original » Anonimity » publié sur CoDA.org – par CoDA France- 2026- Crédits Photos pexels
Et vous, ou votre groupe ? Comment préservez-vous l’anonymat des membres en CoDA?Quelles sont vos limites concernant l’anonymat , le vôtre et celui des autres ? Des doutes ? Parlez en avec votre groupe ( par exemple en réunion de service ) , votre marraine/parrain.

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