L’année dernière, Toni, une ancienne membre de mon groupe CoDA, s’est suicidée. Elle était venue aux réunions pendant deux ans environ, avant de partir vivre dans une autre ville. Toni avait maintenu une forte amitié avec Lesley, une autre membre du groupe.

Un lundi, Toni n’est pas venue à son travail. Lesley s’est de plus en plus inquiétée à mesure qu’elle repensait à tout ce qu’elle savait de la situation de Toni. L’ après-midi même, elle a appelé la police et le soir venu, on a appris la nouvelle de la disparition de Toni.
J’ai ressenti toute la culpabilité de Lesley dans sa voix, alors qu’elle égrenait les « si seulement… ». Lesley a travaillé dur à son rétablissement , et je suis convaincu.e qu’elle saura surmonter ce deuil , qu’elle réalisera qu’elle était impuissante face à Toni.

Mes sentiments ont mis un jour à remonter à la surface. Je me sentais si triste. Je me suis vu.e à la place de Toni, m’imaginant que les gens n’en ont rien à cirer que je meure, que la mort avait l’air d’une solution logique.
Une fois, j’ai demandé à mon frère : « Est-ce que ça te ferait quelque chose que je meure ? » Il m’a répondu : « Je ne serais pas surpris si tu venais à te suicider un jour. »
Je me suis dit : « Waouh, donc ça ne lui ferait rien. » Il a été l’une des raisons pour lesquelles j’ai lutté pour » m’accrocher »: je ne voulais pas lui infliger encore davantage de pertes . Toutefois, je me suis senti.e un peu libéré.e de l’entendre dire ça.

Le lendemain matin, il m’a appelé.e pour qu’on se parle à l’heure du déjeuner. Le matin même, il avait contacté plusieurs thérapeutes, qui lui avaient dit que j’étais suicidaire ou borderline. J’ai été sidéré.e et un peu déçu.e que la « libération que j’attendais » ne soit pas au rendez-vous: il ne m’avait jamais dit qu’il m’aimait ou qu’il se souciait de moi à l’époque (nous n’avons pas grandi dans une famille » portée sur les émotions »), mais les actes qu’il venait de poser parlaient haut et fort pour lui ; j’ai entendu le message.
Je lui ai dit que je ne le ferais pas, et j’ai tenu ma promesse.
Aujourd’hui, je réalise combien ce qu’il a fait ( pour moi) a joué un rôle clé dans ma survie pendant ces jours sombres. Gratitude.

Je sais ce que c’est que de vivre dans un gouffre de désespoir, à quel point les choses peuvent paraître désespérées.
Mais les problèmes ne se résolvent pas tout seuls et il n’existe pas de solution miracle
. Les choses s’améliorent quand je suis prêt.e à me battre, à aller en réunions et à ressentir la douleur et la peur que je refoule. Pour guérir, je dois faire le boulot.. Un boulot que Toni, pour une raison ou une autre, n’a pas pu faire.
Certain.e.s semblent croire que la codépendance n’est pas si dangereuse que cela, car elle ne détruit pas le foie ni le corps de manière aussi évidente que d’autres addictions. Elle tue de manière plus subtile, en nous mettant dans des situations dangereuses.

Je suis tellement heureus.e d’avoir osé demander de l’aide. J’ai serré les dents, avancé pas à pas, et fait le boulot. Je me suis rétablie peu à peu et je remercie ma Puissance Supérieure pour ce cadeau.
Je pleurerai mon amie Toni. Elle a trouvé la paix dans les bras de son aimante Puissance Supérieure. J’ai demandé aux membres du groupe s’il serait possible de rendre hommage à Toni lors de notre prochaine réunion CoDA et ils ont accepté de bonne grâce, même si plusieurs membres n’avaient jamais rencontré Toni.

Lesley a lu quelques courriels de Toni. J’ai lu le partage d’un.e membre parti.e vivre ailleurs. Puis nous avons ouvert la réunion aux partages. Ce fut une expérience puissante.
CoDA m’a donné les outils pour surmonter mon désespoir – c’est pourquoi j’y reviens toujours.
Anonyme (2011)
Traduit de l’original ‘ Death, Recovery » de Coda.org , par CoDA France- 2025- Crédits Photos Pexels-
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