Au cours de ces 9 derniers mois de réunions CoDA, je me suis parfois demandé si j’étais au bon endroit.

Les partages que j’entends évoquent souvent des périodes intenses d’abus sexuels, physiques et émotionnels, abus que je n’ai pas vécus. Je pense que cela peut en effrayer certain.e.s comme moi, quand ils/elles débarquent pour la première fois.
Cependant, les femmes (et les hommes) que j’ai rencontré.e.s dans mes deux réunions habituelles m’ont écoutée et m’ont apporté un soutien qui a profondément changé ma vie. Je leur en suis infiniment reconnaissante.
Déjà, j’ai pris conscience de mes schémas et caractéristiques de codépendance , je m’efforce de les comprendre, et même de les éliminer. Avec un groupe de soutien, je commence à aborder les différentes Etapes une à une, et mon cheminement ne fait que commencer.

J’ai grandi dans un foyer chaotique où je ne me suis jamais sentie en sécurité affectivement. Ma mère souffrait de dépression, de crises psychotiques et de schizophrénie. Elle a été séparée de moi alors que j’avais seulement quelques mois: elle a passé les 18 mois suivants dans un hôpital psychiatrique où elle a subi des électrochocs – et ce n’était pas la première fois.
Je n’en ai rien su jusqu’à mes 21 ans, peu après mon mariage. Maman a fait une crise psychotique, la première depuis ma naissance. Sa maladie mentale était restée « sous contrôle » pendant toutes ces années grâce à de puissants médicaments, et dans la famille, personne n’avait jugé bon de me mettre au courant.

J’ai donc grandi en trouvant Maman étrange, fonctionnant au ralenti, un peu comme une zombie. Même si je crois à présent qu’elle m’aimait, je ne me suis jamais sentie aimée. Je ne me rappelle pas avoir jamais reçu un câlin, un bisou, ou un simple « je t’aime » de la part de quiconque dans ma famille.
Ma mère n’était pas attentionnée, pourtant elle était étouffante de surprotection. Au cours de mon enfance, j’ai aussi parfois eu l’impression de devoir prendre soin d’elle, d’autant que mon père était un homme très colérique et frustré. La tension était palpable, et j’en venais à espérer qu’il ne rentre pas de son travail.
Papa s’en prenait à Maman pour des broutilles, par exemple pour ne pas avoir bien lavé par terre. Papa criait et Maman subissait sans rien dire. Voilà le modèle de mariage et d’éducation que j’ai reçu en héritage.

J’ai grandi comme une enfant unique. J’étais la seule fille (de la fratrie) et j’avais 10 ans de moins que mon frère le plus proche. Ma mère ne conduisait pas. Nous vivions dans une rue passante mais sans aucun autre enfant alentours. Les étés étaient très solitaires et je n’ai jamais appris à apprécier ces moments de solitude.
Aujourd’hui encore, j’ai du mal à savoir ce que je veux faire si je ne travaille pas, si je ne suis pas avec une copine ou mon mari.
J’ai l’impression de me perdre dans les autres, de me laisser porter par les envies de mon entourage.
Dès mon entrée à l’école, je suis devenue la cible des brutes de service. Je ne me suis jamais sentie en sécurité, ni émotionnellement ni physiquement. A l’école, j’avais le sentiment d’être une étrangère et parfois, je me sentais menacée par les enfants qui, pour une raison qui m’échappe, avaient choisi de me détester. Ces sentiments sont encore en moi, alors que j’ai 58 ans.
J’ai donc du mal à gérer les relations. Je veux tout contrôler, et pourtant je me laisse faire par les gens qui ont un fort caractère, comme mon mari. Je me dis que je suis plus facile à vivre, que ça me convient, qu’il y tient plus que moi, alors pourquoi ne pas juste céder ?

Ma fille a maintenant 28 ans, et je me rends compte que je ne parviens à communiquer avec elle qu’en lui disant comment gérer sa vie.
Je manque cruellement de confiance en moi, et chaque fois que j’essaie quelque chose de nouveau, même un nouveau système de messagerie, je suis extrêmement anxieuse. Je suis rongée par le doute et je laisse l’opinion des autres dicter mon estime de moi.

Merci pour cet espace de partage. J’espère que d’autres qui comme moi, n’ont pas forcément subi d’atroces violences, pourront également constater l’utilité de ce programme.
CoDA a déjà transformé ma vie.
Je compte bien poursuivre sur cette voie avec succès.
Pam L.
05/09/2018
» Only child » publié sur coda.org- traduit par CoDA France -2026- Crédit Photo Pexels

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