A l’occasion des 40 ans de CoDA, écoutons les souvenirs des premiers membres, leur découverte de la codépendance et du programme CoDA né en 1986 à Phoenix.

Extraits choisis d’une annexe du Livre Bleu CoDA
« Le comptable qui fabriquait des matrices«
Une carrière qui va d’outilleur-ajusteur spécialisé en matrices industrielles à expert-comptable en passant par ingénieur, cela pourra paraitre un peu étrange à la plupart des gens. (…) En fait, ce n’est pas si étrange que cela si l’on comprend la dynamique de la codépendance.
Ma première relation codépendante a été avec mon père. Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours voulu ou eu besoin que mon père m’aime, soit fier de moi, m’accorde son attention, m’apprenne des choses, ne me hurle pas dessus, vienne me voir faire du sport et passe des moments de qualité avec moi. Quand, en de très rares occasions (peut-être une demi-douzaine dans ma vie, quand j’étais chez lui), il me faisait un compliment, je me sentais bien, je trouvais alors que la vie valait vraiment la peine d’être vécue ; j’étais en extase. Mais la plupart du temps, c’était l’inverse que je ressentais. J’ai vécu toute ma vie jusqu’à mon entrée au lycée à essayer de tirer ma valeur de la façon dont mes parents (principalement mon père) me traitaient. (…)

(…) Deux mois après mon passage dans ce centre de thérapie, en janvier 1986, j’ai quitté notre maison pour échouer dans une piaule, qui avait au moins l’avantage d’être proche de chez mes enfants. J’ai bien cru que j’allais devenir dingue. En déménageant, j’avais perdu tous les rôles que j’avais endossés pendant ces dix-neuf années. Je n’étais plus le mari, le père, le pourvoyeur et le bon fils qui restait marié.
J’avais littéralement perdu toutes les raisons de vivre qui m’avaient tenu debout jusqu’alors. Mon identité tout entière était fondée sur ces rôles et tout ce que je faisais dans le cadre de ces rôles. Mon identité était également très liée à toutes ces choses que je possédais, ma belle maison, mon camping-car, ma Jaguar de collection. Toutes ces choses-là avaient également disparu. J’ai fini par me déclarer en faillite personnelle après 30 ans de dur labeur.
Au cours des deux années suivantes, j’ai très peu travaillé. Tout ce que j’arrivais à faire, c’était d’aller aux réunions AA, échanger avec mon parrain et commencer à parrainer des gens. Ça aussi, je l’ai fait de manière compulsive. Ce que j’ai appris des personnes que Dieu a mises sur mon chemin pour que je les parraine, a été incroyablement enrichissant.
Je sentais qu’il fallait que je persiste dans le programme. Je crois aujourd’hui que c’est un don de Dieu qui vient de la foi. Je sentais que d’une façon ou d’une autre, les choses finiraient par aller mieux, et c’est ce qui s’est passé.
Vers la fin octobre 1986, j’ai assisté à ma première réunion des Codépendants Anonymes. C’était la deuxième réunion jamais créée chez les CoDA. Il se trouve que par la grâce de Dieu, cela faisait 20 ans que j’habitais à Phoenix, Arizona.
J’ai vraiment commencé à comprendre ce que voulait dire « se rétablir spirituellement ». Les AA m’avaient aidé à rester sobre, mais le programme CoDA m’a permis d’entrer en contact avec mon vrai moi, la personne que je crois que Dieu a voulu que je sois. J’étais enfin en contact avec mes sentiments et ressentis. Malgré tout, après une réunion, il m’est souvent arrivé de rentrer chez moi, de tomber à genoux au pied de mon lit, et de pleurer comme un bébé.

Il m’était déjà arrivé de charger, d’armer et de pointer une arme sur ma tête, et ce, une bonne demi-douzaine de fois. La seule raison pour laquelle je ne me suis pas suicidé, a été mes enfants. J’avais entendu un homme partager son histoire en réunion ; il avait expliqué à quel point il était resté anéanti toute sa vie durant par le suicide de son père, alors qu’il n’avait que cinq ans.
Grâce au programme CoDA, j’ai pu surmonter mon déni et ressentir le chagrin de mes nombreuses pertes, ressentir cette tristesse terrible, entrer en contact avec cette douleur que j’avais l’habitude de soulager par l’alcool et le travail.
J’ai pris ces sentiments à bras le corps et j’ai commencé à travailler dessus. J’ai appris que ce n’est que par nos blessures que nous guérissons ; il n’y a pas d’autre moyen. Je pense que mon rétablissement n’aurait pu se faire autrement.
Carl Jung a dit : « La base de toute névrose est l’évitement de la souffrance légitime » et «Le mal n’est pas l’ombre, c’est le déni de l’ombre».
Il me fallait m’approprier ces nouvelles prises de conscience. Si je ne me les appropriais pas, je ne pourrais pas les refiler à Dieu dans les Etapes Six et Sept. Comment pouvais-je donner ce que je ne possédais pas ?
J’ai commencé à faire le lien avec certains passages des Écritures dont je me souvenais depuis mes années d’étude de la Bible. Je les paraphrase ici : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et tout le reste vous sera accordé» et « Le royaume de Dieu est en vous ». Pour moi, ce sont là les Troisième et Quatrième Etapes du programme.
J’ai appris que la justice de Dieu me permettait de vivre avec les conséquences de mes propres décisions. Dieu m’a donné le libre arbitre et l’intelligence, et Il ne me les enlèvera jamais.

J’ai eu à prendre la décision consciente de me rétablir. J’ai dû franchir la Première Etape au plus profond de moi-même et réaliser que j’étais impuissant face à beaucoup de choses. Lorsque j’ai enfin été capable de le faire, j’ai abattu les murs que j’avais érigés contre l’amour de Dieu. C’est là que j’ai invité toute la puissance de l’Univers dans ma vie.
Depuis des années, j’avais une foi profonde en Dieu. Je savais que Dieu avait accompli des miracles dans ma vie. Pourtant, il y avait une partie de moi qui avait une conception très négative de Dieu. Cette partie de moi pensait que Dieu savait que je n’étais pas à la hauteur. Le Dieu tel que je Le comprends aujourd’hui est un Dieu aimant qui ne veut que le meilleur pour moi. Il n’est pas ce Dieu que l’on m’a appris à craindre et à qui il fallait quémander des choses. Ce Dieu qui était dans une église où l’Eglise me disait de faire ces sept choses et ces neuf autres choses, et alors seulement l’Eglise me rendrait l’amour de Dieu. Je crois maintenant que je n’ai pas à faire de choses pour mériter l’amour de Dieu. C’est un don de Dieu et de personne d’autre.
Je dois faire ma part pour vivre ma vie spirituelle. Maintenant qu’on m’a montré le chemin, je ne peux plus en dévier. Je sais que si je sors des clous, c’est avec amour que Dieu me ramènera au centre.
Il est également écrit que « Nous sommes tous créé.e.s à l’image de Dieu » et que « Dieu est Amour ». Pour moi, c’était ou vrai ou faux ; il n’y avait pas d’entre-deux. J’ai donc choisi de croire que ces choses-là étaient vraies, et j’ai réalisé qu’en fait, j’étais animé par l’amour. Je n’étais pas celui qu’on avait programmé que je sois.
Pour traverser le processus de rétablissement, j’ai dû développer la foi d’un enfant pour entrer dans le royaume, et cette foi-là, comme Son amour, est un don de Dieu. J’ai dû activer la foi de mon enfant intérieur pour accueillir l’enfant qui est en moi – cet enfant qui est le fruit du dessein divin de Dieu.

Dieu merci, le programme est fondé sur le progrès et non la perfection. Je remercie Dieu d’être si patient avec moi. S’Il ne l’avait pas été, Il m’aurait abandonné depuis belle lurette. Mais Il ne l’a pas fait, et je Lui en suis très reconnaissant. A présent, je crois que la vie est faite d’apprentissages, et surtout, nous apprenons à être la personne que nous sommes vraiment. C’est là que réside la joie. Je ressens désormais une joie immense dans ma vie. Je ne voudrais pour rien au monde vivre de nouveau ce que j’ai eu à endurer, mais je ne l’échangerais contre rien au monde. J’ai appris quelque chose qui résume bien ma vie : Michel-Ange venait de terminer sa statue de David, quand on est allé lui demander : « Comment as-tu fait ? »
Michel-Ange a répondu : « Eh bien, j’ai pris un bloc de pierre, des ciseaux, un marteau, et j’ai éliminé tout ce qui ne ressemblait pas à David…voilà ce que j’ai obtenu. »
A présent, j’envisage mon être comme un bloc de granit plein de bonne volonté, les programmes en Douze Étapes et leurs membres comme outils et Dieu en Maître Sculpteur en train d’éliminer tout ce qui ne ressemble pas à Chuck.
Pour l’instant, voilà ce qu’Il a obtenu.
Chuck M.
Découvrez l’histoire intégrale de Chuck en Espace Membres ( annexes du Livre Bleu)
Traduction CoDA France- tous droits réservés – Crédits photos Pexels

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