Je n’ai pas d’enfants et à ce jour, je n’ai pas prévu d’en avoir. Dans les tréfonds de mon âme, je sais que je n’ai ni l’esprit nourricier ni l’énergie dont un enfant a besoin.

Je me débrouillerais probablement mieux maintenant qu’avant, mais quand je vois à quel point je m’agace quand mon chat me colle aux basques, je ne pense pas avoir l’étoffe pour être un bon parent.
Tout le monde n’est pas fait pour être parent, et je pense que bien peu de gens y songent. Il y a la pression sociale pour perpétuer la lignée, et je pense que la peur y est aussi un peu pour quelque chose: si on a des enfants, c’est qu’on aura quelqu’un pour s’occuper de soi quand on sera vieux (surtout dans les pays sans système de retraite).
Je pense aussi qu’il est presque attendu des personnes mariées qu’elles aient des enfants. Heureusement, on a d’autres choix possibles de nos jours.

Il y a une quinzaine d’années, ma grand-mère m’a dit que je la décevais car, j’étais l’aînée de ses petits-enfants mais que je n’avais pas d’enfants. L’un de ses rêves était de vivre assez longtemps pour voir ses arrière -petits-enfants. Elle a dû attendre que le plus jeune d’entre nous en ait. De ses cinq petits-enfants, il est le seul à avoir eu des enfants.
Mon frère et moi ne sommes ni marié.e.s ni parents. Parmi mes cousin.e.s, l’un.e n’a pas pu avoir d’enfants et l’autre, diabétique, ne pouvait en avoir. Ma grand-mère a donc dû patienter un bout de temps.
Sur le coup, j’ai été blessée par ses paroles , mais depuis j’ai compris que son rêve n’avait pas à dépendre des autres, puisqu’elle est impuissante face aux gens, aux lieux et aux choses. Je ne suis pas responsable de ses objectifs de vie.

Il m’arrive parfois d’éprouver un léger regret de ne pas avoir eu d’enfants. A d’autres moments, je vois la souffrance que les enfants peuvent infliger et je suis heureuse que cela m’ait été épargné.
Je suis également heureuse de ne pas avoir transmis la dysfonctionnalité et la rage que j’ai reçues en héritage…c’est d’ailleurs un de mes buts principaux dans la vie. J’avais peur de faire comme mon père et de faire du mal comme on m’a fait du mal. Cela s’est arrêté avec moi, et à ce jour, c’est aussi le cas pour mon frère.
La vie étant pleine d’incertitudes, rien ne garantirait que ma progéniture perpétuerait la lignée à son tour. De même, rien ne garantirait qu’elle serait présente ou disposée à prendre soin de moi dans ma vieillesse ; ces éléments n’ont donc pas constitué un motif suffisant pour moi d’avoir des enfants.

J’envisage également ce problème dans une plus large perspective. La Terre compte 6 milliards d’habitants et sa population continue de croître à toute allure. La Terre a déjà connu cinq extinctions de masse, et nous sommes actuellement confronté.e.s à la sixième, car les habitats des autres animaux sont envahis par l’homme. Nous voulons la survie des autres animaux, mais pas au point de contrôler notre propre population. Un contrôle démographique impliquerait des choix difficiles, contraires à nombre de convictions profondément ancrées en nous au sujet des enfants.
Les enfants sont essentiel.le.s à la vie, et notre espèce ne peut survivre sans eux/ elles. Cependant, si notre population augmentait trop et que nous devions vivre entassé.e.s, que se passera-t-il ? La Terre peut-elle supporter plus de six milliards d’êtres humains ? Dix milliards ? Et ainsi de suite. Cette perspective m’inquiète. J’apprécie les grands espaces et je n’ai pas envie de vivre serrée comme une sardine. Ce choix est-il voué à évoluer ? Je l’ignore. L’avenir nous le dira.

Ce n’est pas une fin très gaie, mais la vie n’est pas toujours gaie. Ce qui me
réconforte, en tant que géologue, c’est de savoir que la vie a survécu aux extinctions et
a su refleurir envers et contre tout. C’est un monde différent (comme les mammifères après la fin des dinosaures après l’impact d’un asteroïde à la fin du Crétacé), mais je crois que la vie continuera d’exister sur cette planète.
Serons-nous encore là pour le voir, c’est à voir, mais la vie est tenace et persévérante; elle semble survivre dans les conditions les plus incroyables, ce qui me donne un sentiment d’espoir. La Terre a traversé d’innombrables bouleversements, parfois extrêmes. À moins que la planète n’explose, je pense que la vie continuera d’y renaitre tant qu’il y aura une atmosphère pour la protéger. L’univers est une chose étonnante.
Amour et paix,
Karen
Original « No children » traduit par CoDA France- 2026- Crédit Photos Pexels

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