40 ans de CoDA – Suite de la transcription de l’atelier de 2021 avec Ken et Mary, qui ont co fondé CoDA en 1986, Fear vs Love ( Peur vs Amour)

Comment s’aimer soi et trouver un équilibre avec l’autre, notamment dans le couple? Ken et Mary partagent leurs expériences respectives .
Partage de Mary 2
Extrait du Livre Bleu de CoDA: La codépendance est une maladie qui détériore notre âme. Nous savons maintenant que ce chemin qui mène de la peur à l’amour, c’est tout un cheminement spirituel.
Qu’est-ce que l’amour ? Voici quelques définitions du dictionnaire. Une affection profondément tendre et passionnée. Un sentiment d’attachement personnel chaleureux ou d’affection profonde. L’acte d’être aimant.e, c’est ressentir, ou montrer de l’amour ou faire preuve d’une grande prévenance. Etre chaleureusement affectueux.
J’adore cette citation du Livre Bleu CoDA, » la codépendance est une maladie qui détériore nos âmes ». Ken parlait tout à l’heure de la façon dont il faisait de moi sa Puissance Supérieure, juste par peur. Je faisais de même avec lui. La codépendance a été parfois qualifiée de « conflit entre les Dieux ». Je faisais de Ken mon Dieu, et je faisais de la peur mon Dieu, je faisais de la honte mon Dieu, je faisais de tout et de tout le monde mon Dieu, tout cela à cause de ma peur et de ma honte. Pendant ce temps, mon âme se détériorait. Je passais à un profond abandon de moi-même. Et je me perdais encore et encore. En CoDA, j’ai appris à me retrouver. J’ai appris à m’aimer. J’ai appris à avoir une tendresse profonde et passionnée pour moi-même. Et avec Ken, j’ai réussi à éprouver une affection profondément tendre et passionnée pour lui.
Ma codépendance m’empêchait d’être capable d’aimer vraiment. La peur était mon Dieu. Et cette peur bloquait le flot d’amour qui coulait en moi. Je me rappelle encore comment bien avant tout rétablissement, j’avais lu, enfin non, regardé un livre intitulé « Comment être son/sa Meilleur.e Ami.e ». Avant le rétablissement, l’idée même me terrifiait. Autant j’en avais envie, autant je ne croyais pas cela possible. L’amour que j’ai développé pour moi , pour Ken, pour ma Puissance Supérieure et pour vous vient de mon rétablissement de la codépendance. Aujourd’hui, avec un cœur empli de gratitude, je peux vraiment aimer. La vie a radicalement changé depuis que j’ai commencé à me rétablir de la codépendance et je ne suis plus la même personne. Mon âme ne se détériore plus, elle évolue et s’épanouit avec amour.

Partage de Ken 3
Je vais lire un extrait du Chapitre 2 du Livre Bleu, » Notre Dilemme Spirituel » .
En CoDA, nous apprenons que notre estime de soi et notre bien-être proviennent de notre Puissance Supérieure. Nous apprenons à nous aimer comme une Puissance Supérieure aimante nous aime, alors nous pouvons commencer à aimer les autres.
Pendant la majeure partie de ma vie , j’avais entendu dire que je ne pourrais vraiment aimer les autres que quand j’aurais appris à m’aimer, moi. Jusqu’à mon rétablissement en CoDA, je ne savais pas du tout ce que cela voulait dire.
Au début de notre rétablissement, avant même l’existence des Codependants Anonymes, au début de notre travail dans ce domaine, Mary et moi avions effectué deux ans et demi de thérapie approfondie. La thérapie de Mary, la mienne et notre thérapie à deux, chaque semaine. L’une des choses les plus difficiles que notre thérapeute m’a fait faire, ce fut de me faire détourner les yeux, l’attention, le focus de Mary. Un jour, la thérapeute m’a pratiquement hurlé dessus : « Mary, ça n’est pas tes oignons ! » et le visage de Mary s’est illuminé.
Mais ceci m’a fait prendre conscience que j’étais seul. Seul avec Dieu.
J’ai aussi réalisé que je n’avais pas de sentiments très positifs envers moi-même et pas du tout confiance en Dieu. Je me suis retrouvé… hmmm, laissez-moi reformuler… N’ayant plus personne sur qui me focaliser, je me suis retrouvé face à moi-même, avec la conscience grandissante du fait que je me détestais, à quel point j’avais honte de moi, à quel point je m’apeurais tout seul.
J’avais déjà travaillé sur mon enfant intérieur dans le cadre de ma propre thérapie, il y a une quarantaine d’années — bien avant que ce type de démarche ne devienne une nouvelle méthode populaire de guérison et d’évolution.
Je savais donc que cet enfant faisait partie de qui j’étais, mais je ne savais pas comment l’aimer.
Au début dans ce métier, il était courant d’inviter les gens à visualiser leur enfant intérieur.e. Mais cela les amenait aussi à revivre en direct les traumatismes portés par cet.te enfant.
Il m’a donc fallu apprendre certaines choses avant de me confronter au traumatisme de l’enfant que chacun de nous porte en soi. J’ai dû développer une figure parentale aimante envers moi-même pour être présent pour cet enfant. Car, pour cet enfant, ce parent aimant était tout ce que j’avais à disposition.
C’est à travers la relation entre mon enfant intérieur et moi — le parent aimant — que j’ai pu nouer une relation bienveillante avec moi-même. Et commencer à aimer et à chérir qui je suis : une magnifique création de Dieu, tout comme nous le sommes tous et toutes.
J’ai donc dû apprendre à faire taire ce parent intérieur critique qui me couvrait de honte et de jugement. Ces voix qui disaient des choses comme : « Tu as encore tout gâché ! Mais qu’est-ce qui cloche chez toi ? Tu ne finiras donc jamais par y arriver ? Tu ne comptes pas. »
Ces voix qui disaient : « Ne sois pas toi-même. Ne sois pas authentique. »
Grâce au travail des Etapes, j’ai pu vraiment me focaliser sur le développement de ce parent intérieur bienveillant. J’ai appris à me parler avec amour et affection, à poser des limites et à faire preuve d’une fermeté bienveillante — une discipline empreinte d’amour, et non de jugement, de critique ou de honte.

Très tôt, on m’a aussi donné un exercice à faire, dénommé « travail du miroir » : je devais me mettre devant ma glace chaque jour et laisser parler mon cœur et mes yeux au cœur et aux yeux de l’homme que je voyais, avec amour, bienveillance et compassion. Cela m’a pris environ 30 jours. Au début, je ne m’attardais pas assez longtemps pour établir la connexion — depuis mon cœur et mes yeux vers le cœur et les yeux de cet homme. Une partie de moi pressentait la douleur que cela réveillerait. Alors, je traversais la salle de bain en coup de vent, jetais un bref coup d’œil au miroir en lançant : « Je t’aime vraiment ! », et je filais en vitesse.
Jusqu’au jour où j’ai créé la connexion, où les larmes ont commencé à monter. Et ce sont près de quarante années de larmes qui ont jailli.
J’ai alors pu serrer ce petit garçon dans mes bras et l’aimer comme personne d’autre ne l’avait fait auparavant. A présent que je suis en rétablissement, c’est mon « parent intérieur » qui est responsable de mon amour pour moi, de prendre soin de moi, de mon estime de moi, de mon respect de moi et de mon intégrité personnelle. Le mot-clé étant toujours « moi ». En tant que codépendant, je cherchais toujours ces choses-là auprès de Mary, des autres, de mon travail, etc. Je suis tout ce que j’ai. Nul ne pourra me les donner.
L’estime de soi doit venir de soi-même. Maintenant, je continue à cultiver une relation bienveillante avec moi et Dieu, ce qui me permet d’aimer et d’adorer Mary.
Chose que je n’aurais jamais cru possible avant. Sans parler d’être ensemble depuis 39 ans grâce au rétablissement de la codépendance.

Partage de Mary 3
À quoi ça ressemble de s’aimer soi-même ?
Une relation consciente avec notre Puissance Supérieure saine et aimante.
Développer un parent intérieur sain et aimant.
Un dialogue intérieur sain et aimant.
Des limites saines, respectueuses de soi et des autres.
Une communication bienveillante, responsable et empreinte de compassion.
Aller en réunions CoDA.
Pratiquer, étudier les 12 Étapes, prendre du service.
Être conscient.e de ses sentiments et ressentis, cquérir les outils nécessaires pour savoir les exprimer.
C’est une petite liste de diverses manières de nous aimer par nous-mêmes, ce n’est qu’un point de départ. Faisons preuve de créativité, il y a mille et une manières de nous aimer. L’amour, tel que je le conçois, est infini et se manifeste d’une multitude de manières. L’une de mes préférées est d’entretenir une relation consciente avec notre aimante Puissance Supérieure ; le mot-clé étant ici « consciente ».
Pendant longtemps, j’ai entretenu une relation d’ordre intellectuel avec ma Puissance Supérieure. J’avais intellectuellement remis ma vie entre ses mains, mais mon cœur, lui, ne s’était jamais rendu. Il me fallait être consciente — dans mon esprit, mon corps et mon âme — et reconnaître que, pour moi, cette Puissance Supérieure se manifesterait comme une « Unité UN » aimante.
Le fait que je sois la plupart du temps consciente grâce à mon rétablissement de la codépendance, ce n’est plus seulement une relation intellectuelle ou un concept intellectuel de Puissance Supérieure. C’est une conscience mentale, corporelle, spirituelle d’avoir une Puissance Supérieure.
Etudier et pratiquer les Etapes est pour moi une façons de mettre cet amour en action pour moi. Je fais ça depuis longtemps; en ce moment je refais mes Etapes, et j’en apprends encore plus sur moi. Je ne pense pas qu’on ne fasse les Etapes qu’une seule fois. J’ai fait les Etapes de nombreuses fois dans ma vie. Comme on dit dans le rétablissement, « Je reste un chantier en cours ». Il y a toujours de l’espace pour grandir.
Au début de mon rétablissement, je voulais le maîtriser, le contrôler, m’en débarrasser en une ou deux semaines. Ce fut assez étonnant de devoir reconnaître que ceci était en lien direct avec mon humanité et mon relationnel sous le prisme de la peur. C’est pourquoi je continue à faire étudier les Etapes.

Question: Comment faites-vous pour vivre ensemble, d’un point de vue spirituel, matériel et émotionnel, en dehors de votre engagement dans votre rétablissement, en tant qu’individu et en tant que couple ?
Ken : Je pense qu’en quelque sorte, pour moi, c’est reconnaître que nous ne sommes pas attaché.e.s. Nous sommes deux individus uniques, deux créations distinctes d’une Puissance Supérieure aimante, des êtres spirituels. Ainsi, le style et le mode de vie de Mary peuvent être différents et distincts du mien.
De ce fait, il a fallu qu’elle discute avec moi, qu’elle me forme sur ses besoins et ses envies, comment elle voulait être traitée et aimée émotionnellement, physiquement, sexuellement, intellectuellement et spirituellement. Et j’ai dû la former aussi parce qu’aucun couple ne s’aime de la même façon. Une autre chose qui a été cruciale pour moi, c’est que Mary est la personne que je chéris le plus et ma meilleure amie. D’une certaine façon, être ma femme et ma meilleure amie étaient deux choses séparées différentes. Nous avons dû apprendre à être en désaccord et à reconnaître que si nous n’étions pas d’accord, cela ne signifiait pas que l’autre avait tort. Nous avons dû apprendre à gérer la colère et d’autres sentiments et savoir en parler.
Nous avons dû apprendre à créer de l’espace, de la séparation. Ce n’est pas vrai pour tous les couples, mais ça l’a été pour nous parce que nous vivons ensemble, dormons ensemble, voyageons ensemble, nous gérons une entreprise et opérons notre cabinet de thérapie ensemble, souvent nous effectuons aussi du travail de service ensemble chez CoDA, et parfois être ensemble finissait par être « trop de bonnes choses », tout comme manger trop de glace au chocolat. Nous avons donc dû apprendre à créer de l’espace et du temps séparé sans peur de l’abandon. Parce que tous les deux, de par nos rétablissements, devons aussi cultiver nos relations avec nous-mêmes.
La qualité de ma relation avec Mary est directement liée à la qualité de ma relation avec moi-même et à la qualité de ma relation avec ma Puissance Supérieure. Si quelque chose ne va pas, c’est le plus souvent parce que quelque chose n’est pas juste avec moi et/ou avec Dieu. Enormément de mes problèmes ou soucis avec Mary sont des symptômes de quelque chose qui ne va pas chez moi. Avant, je disais que si elle changeait, je me sentirais tellement mieux. Mais elle ne changeait pas. Ha ha! C’est une excellente question et nous pourrions passer toute la journée à en discuter, à proposer des idées, partager nos réflexions et suggestions. Cela pourrait être un bon sujet pour un autre atelier.

Page coda.org : https://www.codependents.org/Ken_Mary/
Source Audio en VO : https://www.codependents.org/Ken_Mary/Ken_Mary.mp3
CoDA France- 2026- Crédit Photos Pexels
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