Extrait de la transcription de l’atelier de Ken et Mary, co fondateurs de CoDA qui a eu lieu en 2021: Fear vs Love ( Peur vs Amour)

Dans ce segment, Ken et Mary explorent le thème de la peur d’avoir honte.
Partage de Ken 1
Pour beaucoup d’entre nous, la peur est notre gardien ; elle nous aide à nous protéger du danger. En tant que codépendant.e.s, nous avons l’ habitude de recourir à la peur pour nous protéger de toute possibilité que les autres puissent nous mettre la honte. Cette peur peut être drapée dans la colère, le ressentiment, la rage, la douleur ou la solitude. Souvent, notre passivité, le silence, la manipulation, l’isolement, la rage, la violence, le déni ou même la tromperie sont autant d’expressions de notre peur. D’autres sentiments de peur possibles : l’inquiétude, l’anxiété, la nervosité, et la sensation de tension ou de crainte.
Au cours de mon rétablissement, j’ai appris qu’il n’y a vraiment que deux consciences, et je crois que c’est l’amour et la peur. Il intéressant de noter que cette peur n’est même pas réelle, c’est une histoire que je crée dans ma tête qui consiste à me demander jusqu’à qu’où quelque chose pourrait mal tourner. C’est une histoire que je me raconte à propos de mon futur, ce n’est jamais une histoire d’ici et maintenant. Bref, je me terrifie pour quelque chose qui pourrait avoir lieu demain, après-demain ou la semaine prochaine.
A l’arrivée, la chose n’a même pas lieu, mais je ressens quand même cette peur qui me fait du mal ici et maintenant. J’ai même découvert que ce n’est pas « toi » qui m’effraies , c’est plutôt moi qui souvent me terrifie à propos de toi. Dans ma codépendance, je blâmais les autres de m’avoir effrayé. Mais en fait, c’est moi qui me terrorisait en réaction à toi.
Ceci vient du fait d’avoir été blessé, honteux et terrorisé à différentes époques de mon enfance. Cette peur devenue normale, je l’utilisais pour essayer de me protéger contre l’éventualité que de mauvaise choses n’arrivent de nouveau. Juste que je ne pouvais pas vraiment dire à quiconque que j’avais peur. Alors je camouflais ma peur sous l’évitement, la colère et la rage afin de ne plus avoir à sentir de nouveau la douleur, l’abandon ou la honte.
Tout ceci n’était qu’une histoire de protection. J’étais toujours sur mes gardes, toujours hypervigilant, toujours à essayer de garder une longueur d’avance sur « toi ». La peur était devenue ma planche de salut, en lieu et place de la foi. Donc, plutôt que de faire confiance à une puissance supérieure aimante, je faisais confiance à la peur et aux histoires que je m’inventais dans la tête à propos de ce que « tu » dirais ou ferais. Mais si « tu » me demandais comment j’allais, ou comment je me sentais, je répondais « bien » parce que te dire que j’avais peur était bien trop vulnérable pour moi.
Je passe la parole à Mary.

Partage de Mary 1
Dans le chapitre 5 du Livre Bleu, qui porte sur les questions fréquemment posées, la peur de la honte, c’est notre peur d’être à nouveau humilié.e.s par notre chef.fe, notre partenaire, des membres de la famille, des ami.e.s ou nos parents. Cette peur a bien plus de contrôle sur nos vies que la honte elle-même.
Nous pouvons avoir peur d’entendre parler de nos erreurs ou de nos lacunes et, en conséquence, nous mettre sur la défensive ou devenir critique, évitant.e ou mentant sur une situation donnée. Nous sommes terrifié.e.s à l’idée d’être dévalorisé.e.s ou abandonné.e.s. Nous contrôlons les autres par peur qu’ils soient déçu.e.s ou en colère. Cette honte que nous craignons tant est le même type de honte que nous avons connue dans l’enfance.
Je sais qu’en ce qui me concerne, la peur de la honte me régresse illico à l’enfance. Même adulte, je vivais ma vie comme l’enfant ou l’adolescente que j’ai été. Je devenais contrôlante dans les soins que je prodiguais. J’essayais de réparer vos sentiments en agissant pour vous. Dans cette peur de la honte, je devenais un caméléon et j’essayais d’être ce qu’on voulait que je sois. Comme Ken disait plus tôt, à force de me sentir honteuse, blessée, abusée ou terrifiée encore et encore, 365 jours par an pendant 18-19 ans de vie, j’avais pris l’habitude d’essayer de contrôler la peur de la honte.
Tous nos schémas et caractéristiques de codépendance CoDA viennent de la peur, du fait d’essayer de survivre à la vie, non pas que nous soyons de mauvaises personnes, mais parce que nous avons peur. Une grande partie de ma vie, j’ai traité ma peur via mes schémas de codépendance, la drogue et l’alcool, les troubles alimentaires, plein d’addictions et de compulsions. Tout cela pour tenter de remédier à la peur de ma codépendance. Ce fut pour moi un mode de vie fait de douleur mais cela m’a maintenue en vie , et aujourd’hui mon rétablissement de la codépendance me redonne vie.
Je repasse la parole à Ken.

Partage de Ken 2
C’est encore moi, Ken, codépendant et reconnaissant.
Je vais lire à nouveau le chapitre 2 du Livre Bleu, « Notre Dilemme Spirituel ». Nos réponses aux questions suivantes peuvent nous aider à déterminer comment nous avons cherché le bien-être émotionnel en utilisant les autres et les addictions.
Est-ce que je contrôle les autres pour soulager mes peurs ?
Est-ce que je laisse les autres me contrôler de peur de subir leur abus ou leur négligence?
Est-ce que j’adapte ou modifie mon comportement pour les autres?
Est-ce que je valide ma valeur et mon importance en tant que personne à travers les autres?
Est-ce que j’évite les autres pour me sentir en sécurité ?
Lire ces questions m’a vraiment donné le temps de réfléchir à mon rétablissement de la codépendance et à mes progrès dans la guérison de la peur et de la crainte dans ce monde. Je suis arrivé chez CoDA en tant qu’addict, alcoolique et enragé en rétablissement. Et j’ai compris très tôt que la peur est au cœur de toute forme de codépendance. D’ailleurs, même Bill W., qui a fondé les Alcooliques Anonymes il y a 87 ans, en était conscient. Il avait réalisé que la peur était l’émotion centrale de toute forme d’alcoolisme et que notre dilemme spirituel, c’était la lutte entre la foi et la peur.
Je vais reprendre les questions que je viens de lire. Est-ce que je contrôle les autres pour me soulager de mes peurs? J’ai contrôlé les autres certainement une grande partie de ma vie, et me suis contrôlé moi-même en m’auto-apeurant. J’en suis venu à croire que la peur et l’impuissance, c’est la même chose. La peur me laisse impuissant et le contrôle me donne l’illusion d’être puissant. Si je peux contrôler les autres, les gérer, les manipuler, etc. , peut-être que je ne serai pas de nouveau blessé, humilié, disqualifié, rejeté, jugé.
Et même si j’ai été addict à d’autres produits et comportements, c’est de la peur dont j’ai eu le plus de mal à me rétablir, tant elle a été la chose la plus difficile et la plus puissante que j’ai eu à affronter. Evidemment, le programme qui m’a aidé à me rétablir de la peur a été CoDA. Chacune de ces questions que je viens de citer porte sur la peur.
Celle qui me marque le plus est la question nr 4. Est-ce que je valide ma valeur et mon importance en tant que personne à travers les autres ? Si je t’accorde ce pouvoir, je te donne le pouvoir de valider ma valeur, mon importance, mon bien-être, mon bonheur, en fait, je t’accorde la puissance de Dieu. En tant qu’addict et alcoolique en rétablissement, j’avais remis ce pouvoir à l’alcool et aux drogues. En tant que codépendant, j’avais remis mon pouvoir à la peur, à la honte et aux autres. A présent en rétablissement, je donne mon pouvoir, mon bien-être et mon bonheur à Dieu et non pas à Mary.
Ce fut une situation difficile que de réaliser que Mary n’était pas mon bonheur. Et qu’elle n’était pas la source de ma peur. Mon bonheur réside dans ma façon de choisir comment je réagis face à Mary. Jadis, dès que Mary était contrariée, ma peur revenait aussitôt. Ce qui signifiait que Dieu n’était pas content de moi. J’étais obligé de contrôler, gérer et manipuler pour qu’elle aille bien. En effet, si elle allait bien, alors moi aussi. C’était un terrible fardeau que j’avais placé sur les épaules de Mary. J’étais dans l’évitement ou le contrôle parce que si je t’évitais, tu ne pourrais pas me faire de mal. Et j’étais capable d’aller très loin juste pour éviter d’avoir mal, encore plus pour n’en rien montrer. Il fallait que je sois puissant et que je contrôle les situations et les circonstances, et si je n’y arrivais pas, je partais en courant.
à suivre
Page coda.org : https://www.codependents.org/Ken_Mary/
Source Audio en VO : https://www.codependents.org/Ken_Mary/Ken_Mary.mp3
CoDA France- 2026- Crédit Photos Pexels

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